Comment on Le livre by Elzap.

Bonjour Docteur,

Merci infiniment pour le test et pour le bel horizon d’optimisme et d’humanisme que votre ouvrage laisse entrevoir. Je sais que mon post est très long, j’espère que vous allez tout de même le parcourir car c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour vous témoigner ma reconnaissance.

Je vous ai entendu sur France Inter par hasard. J’ai reçu un sacré choc. J’ai fait le test. On m’a tellement rebattu les oreilles avec des jugements tranchés : oui, je suis speed ; oui, je n’ai jamais réussi à trouver ma voie professionnelle et je m’ennuie très vite ; oui, je suis incapable de me plier à la routine ou à l’autorité ; oui, je ne récolte jamais les fruits de mon travail, je ne termine rien ; oui, je suis instable ; oui, ad nauseam !

J’ai passé ma vie à me remettre en question et à subir les réflexions de ma famille au point de me sentir une « nulle AOC ». Heureusement, mon mari appartient à la catégorie des « patients-très épris de leur épouse et qui supportent toutes leurs frasques » parce qu’ils ont choisi ces spécimens pour de bonnes raisons dont la sociabilité ; a priori, il n’y a pas d’opposition à être sociable et « zappeuse confirmée », comme vous le soulignez d’ailleurs dans votre ouvrage en rappelant que vous avez poussé le trait à l’extrême.

Grâce à vous, j’ai désormais la certitude que ma dernière « fantaisie » professionnelle n’en est pas une. Je monte ma propre société et je vais bien vite me chercher un associé ancré dans tout ce que je ne parviendrai jamais à maîtriser. J’y avais pensé mais je voulais prouver que j’étais capable de mener un projet à son terme toute seule. Changement de cap immédiat ! Je ne le fais pas à la légère, j’ai consulté mon psychiatre qui… a confirmé ce que je venais de découvrir. Il a beaucoup nuancé parce qu’il est en bataille contre certaines caractéristiques de notre société (le manque de bienveillance et de courtoisie, la stéréotypie physique et mentale etc.) Comme vous, mon psy pense qu’il est bien difficile de tracer une ligne entre ce qui est pathologique et ce qui n’est pas conforme à une mise en conformité abusive. En bref, être inadaptée à l’inadaptable n’est pas aussi illogique qu’il n’y paraît de prime abord.

J’aimerais apporter quelques commentaires sur votre livre :
- Je vous rejoins sur l’idée de la fin d’une civilisation. Je ne suis pas inquiète pour l’avenir car j’ai côtoyé de nombreux étudiants. Je peux vous affirmer que si certains changements nous échappent, eux ont parfaitement intégré le monde en pleine éclosion, ce qui est très prometteur ;

- Vous recommandez de former des paires. Là encore, je vous rejoins (ce sont mes restes de chercheur qui parlent). J’ai toujours considéré qu’au lieu d’opposer (ou de nier) les sexes et leurs corollaires identitaires ou de genre, il serait préférable de travailler dans le sens de la reconnaissance des différences, de leur valorisation et surtout de leur potentiel « ensemble ». Certaines théoriciennes ont tenté de faire entendre cette voix, peine perdue ! On est en train de retourner à la case : hommes = domination et on replonge dans le dogmatisme vertueux et liberticide.

- Il me semble que votre notion de la complémentarité des caractères « zappeur » et « bosseur » va dans le même sens que ce que je viens de mentionner et se heurte au même écueil (le pouvoir). En effet, le duo gagnant est assez difficile à concevoir du côté des bosseurs.
Qui voudrait servir la soupe à un rêveur aussi génial puisse-t-il être ? Je ne suis pas certaine que la seule notion de rentabilité (ou de survie économique) soit suffisante. On ne renonce pas facilement au pouvoir lorsqu’on est en place sinon les femmes n’auraient pas mis six siècles à accéder aux plus hautes sphères. Il faudrait un sacré arsenal idéologique pour étayer de tels changements et tout autant de personnages engagés pour prendre les coups et faire avancer les mentalités (c’est peut-être ce que vous entreprenez) ;

- Nous sommes en pleine réaction idéologique et nos pauvres penseurs sont assez peu prolixes. Je vous rejoins aussi sur les raisons qui expliquent cette stagnation… En Sciences Humaines, les chercheurs qui font carrière ne sont pas toujours ceux qui apportent quelque chose de différent… Ceux qui font leur trou travaillent dans le sens attendu et ils restent bien dans des limites auto-imposées. Les guerres intestines n’arrangent rien.

Voilà pour ces quelques réflexions, je reviens à du plus personnel.
Je ne sais pas comment vous remercier pour cette « révélation ». Sans cela, j’aurais sans doute continué à ne pas voir la poutre dans mon œil. Je ne suis pas idiote mais, je n’ai jamais songé à retourner la question et à me demander s’il ne manquait pas un petit quelque chose aux autres (après tout, on peut aussi concevoir cela sous cet angle ?).

Je vais maintenant « faire avec » sur le plan professionnel et dans mes relations familiales, construire des stratégies pour cadrer certains points qui sont à ma portée et tenter d’utiliser mon tempérament comme un levier. Evidemment avec la complicité et le travail de mon psy, on n’est pas zappeuse sans en souffrir et je fume comme un pompier (ou une cheminée en anglais, comme vous voulez !).

Au fait, j’adore votre tee-shirt, dites-moi s’il y a des droits d’auteur ! Je crois bien que je vais en commander un à mon mari qui veille sur sa zappeuse comme sur la prunelle de ses yeux ! A la maison, on utilise maintenant ce terme avec humour : le chien est un zappeur s’il bouge trop, on se moque de notre hyperactivité lorsqu’on est vautré sur un canapé etc. Au moins, je n’ai pas complètement pourri la vie de mon mari puisqu’en dépit d’une vie professionnelle décousue, il continue à aimer mon déluge de paroles, mes mille idées à la minute et à penser que « je suis à prendre ou à laisser ».

Pour nous, il n’est pas trop tard pour faire demi-tour et ne plus jamais se pourrir la vie parce que Madame n’entre pas dans les cases.

Bien cordialement,

Elzap